Ma vsion de l’afrocentricité

 

L’afrocentricité peut être défini de plusieurs manières, en générale elle vise à permettre à l’homme noir de lever haut sa tête et de s’attirer le respect des autres races. Son apparition peut être retracée jusqu’aux efforts des Afro-Américains tel que W.E. du Bois ou même Martin Robinson Delany qui au 19ème siècle inaugura une vision du passé qui intégrait “une tradition historiographique « négro-africaine » intégrant l’Égypte au sein de ses préoccupations épistémologiques”.[i]

Dès ses débuts donc l’afrocentricité s’est surtout appuyée sur un réexamen du passé pour faire valoir les grandes contributions de l’homme noir au progrès de l’humanité, car jusque là les scientifiques avaient tendance à attribuer ces contributions à d’autres races. Mabika écrit dans son livre la Mystification fondamentale : « l’idéologie mystificatrice qui soutient depuis deux millénaires la thèse de la contribution zéro de l’homme noir a entretenu un véritable ethnocide au cœur de tout le continent noir, l’Afrique. »[ii]  l’afrocentricié vise à mettre fin à cette thèse erronée de “contribution zéro”.

Il m’est apparu au cours de mes recherches que la pensée africaine originale est avant tout une pensée centrée sur le divin. John Mbiti est du même avis car il écrit :

« Il est notoire que les Africains sont des êtres religieux ; chaque peuple a son propre système composé d’un ensemble de croyances et de pratiques. La religion pénètre si infiniment tous les domaines de la vie qu’il n’est pas facile ni même parfois possible de l’isoler. C’est pourquoi une étude de ces systèmes religieux est finalement une étude des hommes eux-mêmes dans toute ma complexité de leur existence à la fois traditionnelle et moderne. »[iii]

La théologie devrait donc jouer un grand rôle dans le relèvement de la dignité de l’Africain et dans une plus grande participation et efficacité de sa contribution  au progrès de l’humanité. C’est donc sur des bases théologiques que je fonde ma vision de l’afrocentricité.

Mon afrocentricité n’est pas radicale, elle ne rejette pas la race blanche et sa culture spirituelle (le christianisme), bien qu’elle rejette le christianisme scolastique et le rationalisme matérialiste. Car, partant d’une relecture des données de la culture religieuse kôngo, je démontre une convergence des doctrines théologiques entre le monothéisme bantou (qui est d’origine égyptienne) et le christianisme, prouvant ainsi une origine commune à ces deux religions qui ne serait autre qu’égyptienne. 

Sur le plan épistémologique, c’est-à-dire sur le plan de la philosophie du comment savoir, deux modes de pensée sont utilisés par l’humanité pour arriver à la compréhension et à la maitrise de la nature :

  • La pensée lunaire : une pensée centrée sur le matérialisme et où la suprématie est donnée à la raison sur l’intuition.
  •  La pensée solaire : une pensée centrée sur le divin, une pensée où la réalité est perçue comme étant hors du domaine physique.

Si la pensée lunaire est l’apanage de l’homme occidental, l’homme noir a toujours évolué dans le cadre de la pensée solaire. Mais, depuis qu’il vit sous la domination spirituelle et culturelle de l’Occident et de l’Orient, l’Africain vit en dehors de son cadre épistémologique et spirituel naturel. Ayant abandonné sa propre voie épistémologique, l’homme noir ne fait que lorgner vers la culture de l’Occident.

Toute la culture occidentale est basée sur une vision hégélienne de la raison comme étant une contradiction interne au cortex cérébrale. Alors que l’Africain précoloniale définissait la raison comme une contradiction externe dans laquelle les révélations venant des ancêtres illuminés corrigent les errements inhérents à l’entendement mortel. Cette vision du vieux africain peut se lire dans sa réponse à toute question difficile : « Dormons et que la tête ait un songe. »

Mon afrocentricité se veut avant tout pragmatique, elle cherche donc à résoudre présentement les problèmes spirituels et épistémologiques essentiels qui minent la dignité et l’avancement de l’Africain et à préparer la pensée africaine pour l’avènement de la pensée solaire. Ainsi l’afrocentricité pragmatique cherche-t-elle à :

  • Outiller l’Africain à résoudre les problèmes :
    • de la lutte contre la sorcellerie. Parlant des blocages qui entravent le développement spirituel des Africains, Oles a Mbâ affirme : « L’un des blocages est précisément la croyance à l’ensorcellement. »[iv]
    • du rétablissement du lien entre les Africains et leurs ancêtres, un lien essentiel à sa démarche épistémologique, comme je l’ai esquissé ci-haut.
    • de la définition d’une épistémologie propre au négro-Africain, une épistémologie solaire, une épistémologie de contradiction externe.
  • Démontrer la nature du monothéisme hiérarchique bantou par l’établissement de la théologie systématique kôngo, rejetant ainsi l’assertion selon laquelle l’homme bantou, et partant l’Africain, est essentiellement animiste.
  • Démontrer les limites de la pensée lunaire et par une étude prospective établir l’imminence de la pensée solaire (la pensée originale de l’homme noir).

Mon afrocentricité est donc une afrocentricité du présent qui vise à outiller l’homme noir pour l’amener à affronter l’avenir dans une approche qui lui est propre. C’est une afrocentricité qui vise à aider l’Africain à aborder la science, la politique, la religion, la philosophie, etc., dans une approche solaire ; c’est-à-dire dans une approche de contradiction externe et non dans une approche de contradiction interne comme c’est le cas présentement.

Parmi les outils que l’afrocentricité pragmatique propose déjà à l’homme noir dans sa migration vers un futur d’approche solaire figurent :

  • L’animicisme en tant qu’approche épistémologique et métaphysique conforme à la vision négro-africaine du monde. L’animicisme, plaçant Dieu au dessus de tout, affirme que la réalité est métaphysique et que la raison n’est qu’une série des révélations directes et/ou indirectes grâces auxquelles l’homme arrive à la solution. Ainsi cette philosophie établit-elle la contradiction externe comme le point de départ des conceptions purement africaines. 
  • L’argument cosmologique kémétique en tant moyen de confirmation de la théologie monothéiste hiérarchique négro-africaine par la voie de la théologie naturelle. L’argument cosmologique kémétique ne se borne donc pas à établir simplement l’existence de Dieu, mais il étaye toute la théologie kongo par la logique seule.
  • La cosmologie kémétique du big-bang en tant que moyen de prouver la convergence entre la science et la religion, une convergence qui est la marque même de la pensée solaire.

L’afrocentricité pragmatique a une longue tradition dans la nation kôngo. Une tradition qui inclut des figures telles que :

  • Kimpa Vita (Ndona Béatrice) dont le pragmatisme visait non pas seulement à ramener son peuple à sa vraie spiritualité, mais aussi à refaire l’unité du Royaume Kongo.
  • Paul Panda  Farnana, le tout premier universitaire du Congo-belge, ce jeune nationaliste à milité pour la création des laïcs au bénéfice des congolais et la participation de ces frères de race aux instances décisionnelles du Congo.
  • Simon Kimbangu, dont le pragmatisme visait aussi entre autres la lutte contre l’infâme pratique de la sorcellerie et la libération de l’homme du joug la domination politique, spirituelle et économique. 

L’afrocentricité pragmatique ne tourne pas le dos aux efforts menés par nos prédécesseurs : Cheik Anta Diop, Molefi K. Assante, Théophile Obenga, etc., puisqu’elle donne une confirmation de leurs théories en partant d’une relecture des faits de la spiritualité originelle des Bantous et de leur vision du l’univers, car cette relecture conclut à une convergence entre la théologie bantoue et la théologie osirienne.

Nos ainés dans leur afrocentricité ont fouillé le passé pour trouver une convergence avec le présent. Tandis que l’afrocentricité pragmatique examine le présent et conclut à une convergence avec le passé. Cependant ’objectif fondamental de l’afrocentrisme pragmatique n’est de prouver la convergence, mais plutôt de réarmer l’homme noir dans le présent pour l’aider à mieux affronter l’avenir.


[i] http://fr.wikipedia.org/wiki/Afrocentrisme

[ii] Mabika Nkata Joseph, la Mystification fondamentale, Lubumbashi : Presse Universitaire, 2002, p. 167.

[iii] Mbiti, J., Religion et philosophie africaines, Yaoundé : CLE, 1972, p. 9

[iv] Oles a Mbâ, Qui m’en veut ? Kinshasa, 2003, p.5

One Comment on “Ma vsion de l’afrocentricité”

  1. Kasalasongiko Says:

    Je suis étonné, même si je partage votre point de vue, de trouver le mot race dans cet article. Depuis un certain temps j’ai des débats avec des frères africains et je me suis rendu compte que nous pensons race alors même que ce mot n’est pas pensée dans le paradigme traditionnel africain. Etant moi même mukongo, je n’ai pas trouvé ce mot dans notre langue.


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