LE MONOTHEISME NEGRO-AFRICAIN

Par Kiatezua Lubanzadio Luyaluka, Ph. D. Hon.

Supposons que les Besikôngo, les peuples issues de l’ancien Royaume du Kôngo et ses Etats vassaux, n’existassent plus et, qu’en l’absence des documents écrits, les ethnologues africanistes étudiant leur civilisation éteinte n’aient eu que des éléments archéologiques pour juger de la nature de la religion de ce peuple négro-africain. Leur conclusion aurait été certaine : la religion de Besikôngo était polythéiste.
Cette conclusion serait soutenue par le fait que les archéologues auraient trouvé des sanctuaires destinés à différents Dieux kôngo : Bunzi à vers l’océan Atlantique chez les Bavili et les Bawoyo, Wamba chez les Batandu en amont du fleuve, Nkuembale à l’est chez le peuple Téké, Bikanda, etc. A cette liste s’ajouteraient les différentes pierres d’alliance (matadi ma lusunsi et matadi ma tomi) servant de sanctuaires dédiés aux ancêtres de familles élargies.
Outres ces sanctuaires l’existence de toutes sortes des statuettes symbolisant les minkisi (terme qui ne veut pas dire nécessairement fétiche) conforterait la thèse du polythéisme. Et cela d’autant plus qu’aucune représentation du Dieu Très-haut, Nzâmbi Ampûngu Tulêndo, n’existe chez les Besikôngo ; le Dieu Très-haut n’est pas de la nature des êtres que l’on peut représenter matériellement, estiment les descendants de l’ancêtre Ngunu.
Si la religion kôngo échappe au qualificatif de polythéiste, c’est parce, en dépit de ces témoignages archéologiques, les Besikôngo soutiennent mordicus qu’ils ne reconnaissent qu’un seul Etre Suprême : Nzâmbi Ampûngu Tulêndo : leur religion est donc monothéisme ; nonobstant l’hésitation des ethnologues comme Bittrémieux (les Sociétés secrètes des Bakhimba au Mayombe) et Van Wing (Etudes Bakongo) à accréditer cette thèse, même lorsqu’ils montrent clairement que cette religion n’est pas polythéiste.
La raison du refus des missionnaires africanistes à reconnaitre aux Besikôngo l’exercice d’une foi traditionnelle monothéiste et que le théisme de la religion kôngo ne s’accorde pas avec l’appréhension scholastique de cette notion : l’existence d’un Dieu suprême unique mâle créateur de l’univers.
La religion traditionnelle kôngo est d’un monothéisme hiérarchique ; un théisme où le Dieu Très-haut trône au-dessus des Dieux inférieurs que les Akan du Ghana appellent les fils de Dieu. Le prophète Simon Kimbangu nous montre que l’univers pour les Besikôngo est l’œuvre de Mbumba Lowa, le Dieu créateur solaire (appelé Bumba par les Bakuba de la RDC). La création n’est donc pas ex-nihilo, mais découle d’un ordre préexistant et coexistant avec le Dieu Très-haut.
Cette religion les Bakôngo l’ont ramené de l’Egypte Ancienne d’où leurs ancêtres ont émigrés au sud vers la tanuter, la terre sainte des Egyptiens, le bassin de la source du Nil. Les Besikôngo sont peut être les seuls Africains à avoir pu maintenir le système initiatique égyptien avec ces trois mystères : le mystère sacerdotal (dans le Kimpasi), le mystère martial (dans les Kinkimba) et le mystère civil (qui était enseigné dans le Lemba).
Un examen comparatif de la religion de l’ancienne Egypte avec le système kôngo aurait permis aux égyptologues de conclure aisément que, malgré le manque d’unanimité dans les doctrines de différentes provinces, cette religion osirienne était d’un monothéisme hiérarchique.
Contrairement aux Besikôngo les anciens Egyptiens ne donnaient pas un nom au Dieu Très-haut. Le Texte de Pyramide par exemple se contente d’affirmer qu’il est « celui dont le nom est inconnu » et le « seul Seigneur ». Et tout comme au Royaume Kôngo les Egyptiens se gardaient de le représenter. L’existence en Egypte ancienne de la notion du Dieu Très-haut se traduit par le fait que le Dieu créateur est un Démiurge. Il est désigné dans le Livre des Morts en qualité de Dieu auto-créé et tantôt comme le fils du ciel.
L’apparente contradiction de ces appellations du Dieu créateur par le Livre des Morts disparait si on comprend que dans le monothéisme hiérarchique le Dieu Très-haut n’a rien à voir avec la création, la manifestation à la lumière et dans la forme d’un plan temporaire ; le Dieu créateur y est donc l’œuvre de lui-même. Mais par rapport à l’ordre préexistent et coéternel avec Dieu, le créateur est un fils du ciel. Il faut donc distinguer l’ordre éternel de l’ordre temporel (soit dans le langage biblique : le ciel et sa terre éternelle, les cieux et leur terre temporelle).
Divinité créateur unique de notre univers temporel, le Dieu Ra était désigné de différentes manières par les différentes provinces de l’Egypte. L’appellation Ra n’appartenait en propre à aucune province de l’Egypte. Même Akhenaton dans son hérésie n’a pas eu à se défaire de cette appellation commune pour le seul nom d’Aton.
L’existence du monothéisme hiérarchique en Egypte ancienne se justifie par les faits suivants :

  •   Les Egyptiens ne se souciaient pas des divergences qui existaient entre leurs différents courants religieux, les voyant plutôt comme complémentaires.
  •   Le prosélytisme et les conflits liés à la religion sont absents dans les anales de la vie de ce peuple ancien. Le seul conflit de ce genre est celui qui a permit aux Egyptiens de se défaire de l’outrage d’Akhenaton qui voulait unifier la nomenclature liée au Dieu créateur.
  •   Chaque nation qui était conquise par l’Egypte voyait ses Dieux intégrés dans la hiérarchie divine. Seul le monothéisme hiérarchique permet se comportement ; l’alternative inverse est le monothéisme scholastique intolérant qui dans ce cas combat les religions des nations conquises.

La nature hiérarchique du monothéisme de l’ancienne Egypte implique l’existence d’une unité essentielle des religions négro-africaines, et ce malgré les divergences doctrinales, initiatiques et rituelles. A l’instar de l’Egypte ancienne, cette unité implique les conceptions suivantes :

  •   L’unité du monde des vivants de ce plan et celui des vivants de l’au-delà, le monde visible et l’invisible.
  •   Le renforcement mutuel entre les hommes et les ancêtres vivants.
  •   La résurrection dans l’au-delà, qui implique la continuité de la vie après la mort.
  •   La prière de l’intercession des ancêtres illuminés, qualifié faussement de culte des ancêtres par ceux qui ne comprennent pas la religion négro-africaine.
  •   La création comme l’œuvre d’un Démiurge solaire.
  •   La présence de la divinité en l’homme, le Verbe ; ce qui implique le salut par la grâce, par le Verbe et par la sanctification.

 

C’est cette religion que Moïse, un initié de la religion d’Osiris, a apprise aux Israélites, des Africains ayant fuit l’Egypte après le débâcle d’Akhenaton, comme le démontre admirablement Nillon Pierre dans son livre intitulé Moïse, l’Africain. Les Juifs, comme leurs cousins Arabes sont des sémites, tandis que les véritables Israélites (qui ont été déportés pour toujours par les Assyriens) et les Cananéens étaient des Egyptiens, c’est-à-dire des Négro-africains qui avaient la même religion !
L’intolérance des Juifs et des Arabes, renforcée par l’influence négative de l’épistémologie matérialiste de l’Occident, l’épistémologie lunaire, qu’ils ont adopté au détriment de l’épistémologie solaire, les a amené à se détourner du monothéisme hiérarchique leur enseigné par les civilisations solaires Egyptienne et Babylonienne, et à introduire un monothéisme intolérant qui sera la principale cause des désastres que l’histoire nous enseigne : l’esclavage, la colonisation, l’extermination des indiens d’Amérique et des Aborigène d’Australie tout comme la plupart des guerres dans le monde qui ont souvent une cause liée à la religion.
Il est donc temps pour le théologien négro-africain du troisième millénaire de faire une relecture de la Bible et du Coran à lumière des civilisations qui étaient les soubassements des ces enseignements : les civilisations solaires de l’Egypte ancienne et de la Babylone. Les traditions établie sur bases des présuppositions de la philosophie occidentale par les Juifs, les Arabes, les Romains et leurs descendants ne doivent pas guider une telle entreprisse, comme c’est malheureusement le cas aujourd’hui. Leurs présuppositions de bases dans la nouvelle interprétation des Ecritures Saintes chrétiennes et musulmanes doivent être les postulats essentiels de la religion négro-africaine.
L’histoire démontre que dans l’Egypte antique le monothéisme hiérarchique était un facteur de paix et de cohésion des peuples ; c’est ce système qui était à la base de la supériorité de la civilisation des Pharaons. Le monothéisme hiérarchique est donc une valeur qui doit permettre à l’Africain non seulement de reforger son unité spirituelle, mais aussi d’aider à l’instauration d’une nouvelle ère de paix dans le monde.

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