Afrique : libération finale de la prédation de l’Occident

Par Dr Kiatezua Lubanzadio Luyaluka, Ph. D. Hon.

Résumé:

L’un des grands problèmes auxquels l’Afrique est confrontée est la prédation des lobbies occidentaux, prédation qui constitue aujourd’hui une véritable servitude. L’auteur montre dans cet article que cette servitude de l’Afrique vis-à-vis de l’Occident est d’abord de nature épistémologique, de sorte que seule une migration vers les assises épistémologiques originelles de notre culture peut nous permettre de briser l’emprise prédatrice de l’Occident. Pour ce faire, l’auteur préconise la spiritualité comme un atout essentiel pour briser l’emprise de l’idéologie prédatrice de l’Occident, une idéologie dont le socle est la vision occidentale du savoir. Seule donc une migration épistémologique centrée sur une vision scientifique de la spiritualité et de la cosmologie négro-africaines peut nous permettre de lever la tête haute à l’instar de l’Egypte ancienne.

 

Article:

L’Afrique ressemble aujourd’hui à un malade autour duquel s’affairent des intelligences soucieuses de trouver un remède. Si toutes sont unanimes sur le fait que le patient est entre autres sous l’emprise prédatrice des puissances financières de l’Occident, toutes cependant ne voient pas la solution d’un même œil.

Ma formation de théologien et mes convictions personnelles m’amènent naturellement à envisager la solution du côté de la spiritualité, bien qu’une telle approche puisse être rejetée par la majorité de l’élite négro-africaine pour des raisons de non-scientificité présupposée.

Ceux qui sont friand du sport, savent que pour se mesurer valablement à un adversaire, il est impérieux de connaitre ses points forts et ses points faibles. Il est donc nécessaire dans la résolution du problème de la prédation de l’Occident face contre l’Africain de se demander ce qui fait la force de l’impérialisme qui nous asservit.

Trois forces sont disponibles à l’homme pour la résolution de tout problème : la divine, l’humaine et la démoniaque. La force divine est la plus puissante et ne peut s’utiliser que dans le bien, car son soubassement est la pureté, la sanctification de l’être ; alors que la force humaine, limitée, est un couteau à double tranchants, elle peut servir à faire du bien ou à faire du mal. Il est évident que la force démoniaque ne peut se prêter qu’à l’accomplissement des actes maléfiques.

Il est clair que les forces divines et les démoniques sont antagonistes, de sorte qu’une civilisation ne peut pas être fondée sur ces trois forces à la fois, mais sur le couple divines/humaines, ou humaines/démoniaques.

La culture africaine profonde a toujours expliqué la haute spiritualité comme une force qui ne peut s’octroyer que par la purification profonde de la pensée. La pureté est donc un élément clé pour la communion avec les humanités supérieures, communion qui est l’objectif ultime de la puissance divine.

La haute spiritualité négro-africaine, depuis l’ancienne Egypte, implique toujours la libération de l’âme de l’emprise du corps matériel et ses pérégrinations vers les plans supérieurs, l’univers des ancêtres-illuminés. C’est pour illustrer cette liberté que les  Egyptiens anciens représentaient le ka (l’âme) comme un oiseau planant au-dessus de la tête de l’homme. La haute spiritualité négro-africaine implique aussi que la réalité est ultimement spirituelle.

Il est évident qu’une civilisation basée sur le matérialisme, comme celle de l’Occident, ne peut pas s’enraciner dans une telle vision de la spiritualité. Parce que celle-ci va à l’encontre du matérialisme. L’histoire nous démontre ce fait en nous apprenant que la grande conséquence néfaste de l’emprise de la pensée grecque sur la civilisation israélite, qui était encore enracinée dans  son héritage Egyptien, était la négation de la doctrine de la résurrection dans l’au-delà, ce qui en réalité n’est que la négation de la liberté et l’immortalité de l’âme. Négation qui s’est cristallisée dans l’opposition entre les Saducéens, qui soutenaient la vision hellénique des séleucides, et les Pharisiens, qui soutenaient le maintient de la tradition d’origine négro-africaine.

Cette analyse nous montre que, en tant que civilisation matérialiste, l’Occident ne peut pas, pour son organisation, se fonder principalement sur la haute spiritualité qu’implique la culture négro-africaine. Par conséquent, l’Occident ne peut puiser sa force que dans la prédation, car il ne peut se baser que sur le couple de forces humaines/démoniaques ! Cette prédation s’est d’abord illustrée par la barbarie des Huns, de Wisigoth, des Lombards, etc. Les masses européennes ont ensuite fait les frais de cette prédation sous la féodalité ; un système où une minorité dominait et exploitait  la majorité réduite à l’état des serfs.

Le progrès du machinisme et la vulgarisation de l’éducation ont amené finalement la libération des masses européennes. Cependant la découverte du continent américain a entrainé le besoin d’une main-d’œuvre bon marché que l’Occident ne pouvait plus trouver à domicile. L’appétit prédateur de l’Occident s’est donc tourné vers l’Afrique, c’était le début de la traite européenne des Noirs. Cette traite sera suivie par la colonisation suite au besoin des matières premières que l’industrialisation a induite.

Aujourd’hui peu de gens sont portés à croire que la solution pour sortir l’Africain de la prédation de l’Occident passe ipso facto par la spiritualité. Ceci est en grande partie dû au fait que le matérialisme de l’Occident nous a amené une pratique de la spiritualité qui fait de la religion aujourd’hui le règne du fantasme, du fanatisme, du défaitisme, du mercantilisme, du charlatanisme, etc.

Mais le fait reste que nous ne pouvons briser le carcan de l’Occident qu’en nous servant du levier qu’offre la haute spiritualité négro-africaine. Pour comprendre cela, il nous faut d’abord cerner l’idéologie qui sous-tend la pensée occidentale.

Cronk nous apprend que trois éléments sont à la base de cette idéologie : « L’attitude de la raison scientifique, la doctrine du naturalisme philosophique et la philosophie de l’humanisme séculier. »[1]

La science moderne, que nous propose l’Occident, bon gré mal gré, s’intéresse à la vérité, mais dans la mesure où celle-ci se prête à l’examen objectif grâce à la raison et à l’expérimentation. Le naturalisme s’est emparé de cette vision en affirmant que la vérité, ainsi définie par la science empirico-rationaliste, est la seule conception acceptable de la réalité. Or ceci disqualifie la plupart de connaissances négro-africaines, les jetant dans l’ornière de la superstition et de la magie. En outre, la vision épistémologique qui intronise l’expérimentation a fait que la religion est aujourd’hui hors du domaine des connaissances scientifiques. Selon Cronk, l’humanisme séculier complète cette idéologie, en affirmant que la réalité, ainsi définie par les naturalistes, est la seule base sur laquelle il faut comprendre l’homme.

Aucune solution viable au problème africain ne peut être trouvée dans le cadre de cette idéologie défavorable à la culture négro-africaine profonde. Mabika Nkata a raison de dire : « On ne peut combattre une idéologie dévastatrice qu’avec une autre idéologie, comme on ne peut combattre une fausses science qu’avec une autre science. »[2]

Avec quelle idéologie, contraire à celle de l’Occident, l’élite africaine combat-elle la prédation qui asservit notre continent ? Aucune ; or Mabika nous rappelle que : « Toute notre pensée à été structurée par le paradigme philosophique inhérent à la culture occidentale. C’est important à souligner car sortir de ce paradigme philosophique dominant constituerait à lui seul un exploit dans l’histoire des idées humaines. »[3] Et sortir de ce paradigme, c’est ce que Simon Kimbangu, le grand prophète kôngo, sous-entend  quand il soutient que : « les fondements spirituels et moraux, tels que nous les connaissons aujourd’hui, seront profondément ébranlés. »[4]

A la base de l’idéologie occidentale se trouve donc une conception de la science. Mais la science est avant tout un problème d’épistémologie. En d’autres termes, les fondements de la servitude du négro-africain sont d’abord de nature épistémologique. Il nous faut donc résoudre le problème sur des bases épistémologiques si nous voulons être conséquents. Cependant, je me dois de souligner qu’à la base de la vision épistémologique d’une civilisation se trouvent ses convictions spirituelles et cosmologiques.

Il est important de se rappeler que l’Occident s’est servi de la philosophie pour une migration au-delà de la conception épistémologique Egyptienne, donc négro-africaine, qui est son paradigme originel, vers une vision matérialiste des fondements de la science. Cette migration impliquait la négation progressive du rôle essentiel que jouait l’âme dans l’acquisition des idées, du rôle essentiel de la spiritualité dans la démarche scientifique, rôle qu’affirme l’Afrique profonde, et a culminé dans la séparation entre la science et la religion.

Il est alors clair que l‘Afrique ne peut s’affranchir de l’idéologie dominatrice de l’Occident que par une migration vers une approche épistémologique qui lui est appropriée, cette approche qui a fait la gloire de l’Egypte ancienne et qui caractérise encore sa culture profonde.

Cheikh Anta Diop a perçu en son temps l’opportunité de cette migration car il a affirmé : « Les philosophes africains doivent participer à l’édification [d’une] nouvelle théorie de la connaissance, la plus avancée et la plus passionnante de notre temps. (…) Toutes les conditions semblent réunies pour une révolution épistémologique sans précédent, pour le changement complet de notre paradigme de l’univers. »[5]

Plus d’une élite négro-africaine a compris que pour sortir du carcan idéologique de l’Occident, il nous faut créer des cadres d’enseignement parallèles à ceux nous imposés par la vision occidentale de la science, des cadres d’enseignement basés sur la spiritualité et la vision cosmologique qui ont fait la grandeur de l’Egypte ancienne. L’Institut des Sciences Animiques, que je dirige, se veut l’un de ces cadres d’enseignement initiatique afrocentrique qui travaillent dans l’objectif d’une migration épistémologique du négro-africain vers une vision qui lui est appropriée.

L’idéologie afrocentrique pragmatique, que l’ISA préconise pour cette migration, tire sa source des fondamentaux suivants :

  1. La reformulation de la spiritualité négro-africaine dans le cadre d’une théologie naturelle scientifique. A ce jour, seule une religion négro-africaine peut voir l’essentiel de ses énoncés doctrinaux formulés avec la rigueur d’une science formelle ![6] Et cette formulation scientifique de la spiritualité afrocentrique est un levier puissant et indispensable pour se défaire de l’idéologie prédatrice de l’Occident. Elle permet en outre à l’Africain d’appréhender le christianisme dans le cadre non-dogmatique de la pensée qui lui a permis de voir le jour : la pensée négro-africaine.
  2. la formulation de l’épistémologie négro-africaine, une épistémologie dont les bases sont plus scientifiques que les présuppositions de la pensée occidentale moderne.[7]
  3. La démonstration de la scientificité de la vision cosmologique de la culture négro-africaine profonde, comme preuve d’une unité de la science et de la religion, unité qui est essentielle à la nouvelle vision d’un naturalisme et d’un humanisme qui s’enracine dans la haute spiritualité négro-africaine.[8]

Ces fondamentaux ancrent notre spiritualité et notre cosmologie dans des assises plus scientifiques et constituent ainsi une base solide à partir de laquelle nous pouvons vaillamment défendre la validité de notre migration vers une vision de la science et de la  philosophie qui nous sortirons de la prédation de l’Occident.

Les prophètes négro-africains de jadis ont prédit que l’homme noir tombera dans les carcans d’une domination dont il va se défaire en ce début de troisième millénaire. Parlant de cette libération Simon Kmbangu a dit : « L’homme noir deviendra blanc et l’homme blanc deviendra noir. »[9] Cette libération finale de l’homme noir du joug prédateur de l’Occident ne peut se faire que sur la base d’une révolution épistémologique dont les bases seront la haute spiritualité négro-africaine, cette spiritualité qui a fait la gloire de l’ancienne Egypte.

Au sujet de l’auteur

Architecte de formation, Dr Kiatezua Lubanzadio Luyaluka est détenteur d’un Ph.D. Hon. en Théologie (Apologétique) obtenu de Trinity Graduate School of Apologetics and Theology, de Kerala, en Inde. Sa thèse de doctorat était centrée sur une étude du kindoki, le mystère initiatique africain faussement qualifié de sorcellerie.

Après une fructueuse carrière de conférencier et professeur de la Christian Science, Dr Luyaluka dirige présentement l’Institut des Sciences Animiques, un centre de recherche africentrique dont le champ d’intérêt est la théologie, la philosophie, l’égyptologie et la guérison spirituelle. Il est l’auteur des ouvrages suivants :

  • Parus aux Editions l’Harmattan, Paris :
  1. 1.      Vaincre la sorcellerie en Afrique, 2009.
  2. 2.      La Religion kôngo, 2010.  
  3. 3.      L’Inefficacité de l’Eglise face à la sorcellerie africaine, 2010.  
  • Parus aux Editions ISA, Kinshasa :
  1. 4.      Kindoki : un mystère africain élucidé, publié sous le pseudonyme de Ne Kiana Mazamba, 2000.
  2. 5.      La spiritualité afrocentrique, 2012.
  3. 6.      Sorcellerie et développement en milieu négro-africain, 2012.
  4. 7.      L’Enigme de la résurrection de Jésus, 2012.
  5. 8.      Le Mythe de Nzala Mpânda, 2012.
  6. 9.      Les Bases épistémologiques du savoir négro-africain, 2012.


[1] Cronk, G., Notes on the nature of religionhttp://www.bergen.edu/phr/121/relnotes6.pdf

[2] Mabika Nkata, J., la Mystification fondamentale, Lubumbashi : Presse Universitaire, 2002, p. 15.

[3] Ibidem, p. 10.

[4] Banzouzi, A., le Kimbanguisme, Paris, 2003, p. 91

[5] Diop, C. A., « les Crises majeures de la philosophie contemporaine », in Revue sénégalaise de philosophie, n°5-6, Janvier-décembre 1984, p. 181.

[6] Confer : Luyaluka, K. L., la Religion kôngo, Paris, L’harmattan, 2010.

[7] Confer : Luyaluka, K. L., les Bases épistémologiques du savoir négro-africain, Kinshasa, ISA, 2012.

[8] Confer : Luyaluka, K. L., la Cosmologie kémétique du big-bang, sous presses.

[9] Banzouzi, op cit., p. 91.

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